L'indépendance du Québec, pourquoi?
De WikiQuébec.
Contributeur initial: Gilbert Paquette
Cet article propose une synthèse des principaux arguments en faveur de l'indépendance du Québec. Il s'agit d'une vision d'ensemble qui est déployée dans les autres articles de WikiQuébec pour une critique des secteurs de la vie nationale, culturelle, sociale, économique et politique d'un point de vue indépendantiste.
Sommaire |
Mise en situation
Les Québécois ne forment pas une nation ethnique mais un peuple qui dispose d'un territoire et d’un état qui le rend apte à se gouverner lui-même et pour lui-même selon ses propres fins, ses propres valeurs, sa propre culture, ses propres lois. L'existence de cet État distingue la nation québécoise des nations autochtones ou ou de la nation acadienne. De plus, le Québec ne peut être considéré comme une province comme les autres car il est le siège d'une nation qui dispose de toutes les bases d’une société complète avec sa population, son organisation, ses institutions d'éducation et de santé, son droit, sa justice, sa culture, sa langue, son économie, sa manière de vivre.
L'historien Maurice Séguin et le constitutionnaliste Jacques Brossard [1]démontrent que ce qui constitue une nation, ce n’est pas uniquement la langue, la religion, la culture ou l’histoire commune. Il existe en effet des nations distinctes dont la langue, la religion et jusqu’à un certain point la culture et l’histoire sont communes. C’est le cas des pays latino-américains. Ils n’en constituent pas moins des nations distinctes parce qu’elles se considèrent distinctes. Le propre d'une nation, c'est le fait de se savoir distinct, de former une collectivité distincte et de vouloir vivre ensemble. C'est cette réalité qui fonde le droit de la nation québécoise à disposer librement d'elle-mêmes y compris d'accéder à son indépendance. [2]
L'histoire de la nation québécoise
Peuple conquis en 1760, soumis aux lois et au gouvernement de Londres, les Québécois n’ont jamais baissé les bras tout au long de leur histoire, cherchant à obtenir le maximum d’autonomie ou la souveraineté de leur patrie.
Dès 1774, par l’Acte de Québec et par la constitution de 1791, les Québécois obtiennent une certaine reconnaissance de leur existence distincte et une assemblée représentative fondée sur le suffrage populaire. Engagé dans un processus d’émancipation, ils cherchent à se libérer de la tutelle du gouvernement anglais représenté par le gouverneur britannique et un Conseil législatif non élu. Les Québécois, Louis-Joseph Papineau en tête, sont conscients de mener une lutte de libération nationale devant aboutir à l’indépendance. Le Bas-Canada (c’est-à-dire le Québec) est déjà un État national en devenir. On ne peut douter de l’adhésion de la population francophone du Bas-Canada à cette aspiration à l’indépendance. En 1834, les chefs du parti patriote présentèrent 92 résolutions à l’Assemblée du Bas-Canada et au parlement de Londres, résolution que l’on qualifierait aujourd’hui d’autonomistes. Les premières résolutions réaffirmaient la loyauté à l’Angleterre, mais les suivantes réclamaient la suprématie de l’Assemblée élue démocratiquement par la population sur les affaires internes du Bas-Canada. Les résolutions 50 et 86 expriment la détermination d’obtenir gain de cause en menaçant de sécession en cas de refus. La présentation de ces résolutions fut suivie d’une élection où le Parti patriote fit élire 77 députés sur 88.
Le rejet de cette volonté démocratique par le parlement de Londres provoqua le soulèvement de 1837-38 où certains chefs nationalistes proclamèrent immédiatement la république sans avoir la force de la réaliser. La répression armée de l’aspiration nationale initia une longue période de soumission, de collaboration, de refoulement et d’impuissance collective. Malgré tout, l’aspiration nationale était toujours présente. Même pendant l’Acte d’Union du Bas et du Haut-Canada (maintenant l’Ontario) de 1840, les francophones deviennent minoritaires mais en arrivent à se tailler une place en s’alliant aux leaders progressistes anglophones pour obtenir pour le Canada-uni une plus grande autonomie vis-à-vis du gouvernement de Londres. En obtenant une égalité de représentation des deux provinces, malgré le fait qu’ils étaient au départ moins nombreux, les loyalistes du Haut-Canada permettent d’installer de fait un fonctionnement de l’Union basé sur la dualité. L’aspiration à l’indépendance se transforme en aspiration à l’égalité entre deux nations. Cet espoir survivra sous l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique de 1867 jusqu’au rapatriement de la Constitution canadienne de Londres en 1982 dont nous avons parlé précédemment.
La nouvelle constitution de 1867 naquit sous la pression des Canadiens anglais et des Britanniques qui constataient que l’égalité de représentation, créée pour protéger les Ontariens du Haut-Canada alors minoritaires, était devenue intolérable maintenant que ceux-ci étaient en majorité depuis 1850. De plus, l’Union constituait un obstacle à l’expansion territoriale vers l’ouest et à la défense des colonies britanniques face aux États-Unis. Devant la menace d’une État unitaire canadien regroupant les provinces britanniques au nord des États-Unis, plusieurs hommes politiques québécois s’orientèrent vers le fédéralisme, espérant sauver une partie de l’autonomie acquise sous l’Union. Par un vote de 26 des députés canadien-français du parlement de l’Union, contre 22 qui s’y opposaient, sans consultation populaire, l’Union fut démembrée et le Québec devint l’une des quatre provinces fondatrices de la fédération canadienne. Pour beaucoup, la fédération apparaissait comme un progrès sur l’acte d’Union car elle donnait au Québec un État provincial distinct.
La création de deux paliers de gouvernement entraina une mutation du nationalisme canadien-français dans deux directions opposées, l’une orientée vers la participation des québécois à l’État fédéral, l’autre cherchant à accroître l’autonomie de l’État du Québec au sein de la fédération ou à l’extérieur de celle-ci. Au début du nouveau régime, on peut dire que les Québécois, d’abord réticents au projet, appuyèrent généralement la première orientation visant la recherche de l’égalité dans les institutions fédérales. La présence active des leurs au sein de ces institutions pouvait apparaître comme un bon moyen de défense de leurs intérêts nationaux. La présence de francophones dans d’autres provinces que le Québec encourageait également ce rêve d’un patriotisme pancanadien fondé sur l’égalité de deux peuples fondateurs.
Très rapidement, plusieurs évènements vinrent révéler aux francophones du Canada et aux Québécois les véritables intentions des « Canadians », décidés à bâtir un pays anglophone fondé sur leurs propres valeurs et sur leurs intérêts :
- Interdiction de l’enseignement du français dans les écoles de la Nouvelle Écosse (1864), du Nouveau-Brunswick (1871), de l’Ile du Prince-Édourard (1877), du Manitoba (1890 et 1916) et de l’Ontario (1915)
- Retrait en 1892 de l’appui financier de l’État aux écoles séparées francophones des Territoires du Nord-Ouest (regroupant la Saskatchewan et l’Alberta), puis élimination du bilinguisme dans ces deux provinces lors de leur création en 1905.
- Répression fédérale contres les Métis francophones du Manitoba et exécution de leur chef Louis Riel.
- Engagement du Canada dans la guerre des Boers (1900) dénoncée par tous les francophones du Canada; conscription forcée et répression militaire violente dans la ville de Québec (1917); conscription forcée malgré un référendum démontrant l’opposition massive des Canadiens français (1942).
L’épisode de la création de la Saskatchewan et de l’Alberta en 1905 et du rejet de la partie du projet de loi prévoyant des écoles françaises subventionnées par l’État est particulièrement significatif. Le premier ministre fédéral Wilfrid Laurier, forcé de reculer sous la pression des ministres anglophones, fut déçu et humilié. Au cours du débat, il déclara : « Chaque fois que je retourne dans ma province, je regrette d’y constater qu’un sentiment y existe que le Canada n’est pas fait pour tous les Canadiens. Nous sommes forcés d’arriver à la conclusion que le Québec seul est notre patrie, parce que nous n’avons pas la liberté ailleurs.» [3]
On peut affirmer que si le fait français avait été soutenu ailleurs qu’au Québec au cours des cent dernières années, plutôt que combattu systématiquement partout au Canada, même au Québec, le rêve d’un pays binational aurait pu se réaliser dans une relative égalité. Mais c’est justement lors de la présence de Québécois à la tête de l’État fédéral, que se produisirent d’importants reculs pour les francophones, le plus récent exemple étant le rapatriement unilatéral de la constitution sous Pierre-Elliot Trudeau. Le débat entourant le rapatriement de 1982 mit fin définitivement au mythe d’un Canada fondé sur un pacte entre deux nations et à l’espoir d’égalité qu’entretiennent encore certains Québécois. Depuis ce temps, l’accord du Québec n’est plus nécessaire au fonctionnement du Canada.
Mais déjà, au cours du XXième siècle, les Québécois s’étaient orientés vers un autre combat marqué par la recherche soit de l’accroissement de l’autonomie de l’État du Québec, ce qu’on a aussi appelé « fédéralisme renouvelé », soit de la souveraineté du seul État qui puisse constituer leur patrie. Les premiers ministres du Québec à partir d’Honoré Mercier jusqu’à Robert Bourassa, en passant par Taschereau, Duplessis, Lesage, Johnson et Bertrand pratiquèrent, avec une intensité variable l’autonomie provinciale et revendiquèrent, sans succès, des modifications substantielles à la constitution pour augmenter les pouvoirs du Québec et freiner la tendance centralisatrice de l’État fédéral. Après le « maître chez nous » de Jean Lesage, Daniel Johnson revendique en 1965 « l’égalité ou l’indépendance ». Progressivement, le courant autonomiste se transformera en indépendantisme jusqu’à la création du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) et du Parti Québécois (PQ) de René Lévesque qui proposera au Canada une nouvelle entente fondée sur l’égalité entre deux nations souveraines.
À la veille du premier référendum sur la souveraineté-association et encore plus au second référendum de 1995, l’appui à ce courant centré sur les pouvoirs de l’État du Québec prédominait nettement sur la voie alternative de l’implication des Québécois dans les institutions fédérales. Le débat au Québec se ferait désormais entre la dévolution de compétences fédérales à l'État du Québec et l’obtention de la souveraineté, comme le démontreront tous les sondages de l’époque et les résultats référendaires.
Une nation annexée
L'histoire du Québec démontre que les Québécois forment une nation annexée. Une nation minoritaire qui ne dispose pas d’un état national indépendant est privée de la capacité de prendre des initiatives dans de trop nombreux secteurs de sa vie collective, d’en tirer des expériences et de développer son pays. C’est son épanouissement qui est non seulement limité mais compromis. Le fait de disposer d’un état provincial ne change rien à la situation. Au mieux, la nation annexée assume la gestion des routes, de l’éducation et de la santé, mais elle est exclue des leviers fondamentaux de l’économie et des affaires extérieures. Le fait que certaines personnes de la nation minoritaire performent au niveau international comme Céline Dion ou Julie Payette, ne change rien au fait que cette nation, prise dans son ensemble, fait en bonne partie du surplace collectivement. En d’autres mots, une nation majoritaire, la nation canadienne, impose sa suprématie à la nation minoritaire, la natitaire ne fait qu’accroître la confusion dans les esprits puisqu’il adopte généralement la politique et les intérêts de la nation majoritaire.Cette situation est une forme d’oppression "tranquille". L’oppression nationale est un concept qu'il faut bien comprendre, tout comme celui de "violence". En effet, hormis quelques exceptions comme le cas de Louis Riel ou les arrestations de 1970, l’oppression nationale ne consiste pas à s’en prendre aux individus mais plutôt au lien même, au mortier, qui unit la nation. Les multiples décisions de la Cour suprême du Canada qui ont invalidé au fil des ans plusieurs dispositions de la Charte de la langue française (loi 101) en sont la manifestation. D’ailleurs Maurice Duplessis n’hésitait pas à comparer la Cour suprême à la tour de Pise en affirmant qu’elle penchait toujours du même côté. En fait, c'est la constitution canadienne qui penche toujours du même côté, du côté de la nation majoritaire. Les juges de la Cour suprême sont nommés par le chef du gouvernement canadien. Ils émanent en majorité de la nation majoritaire et ils appliquent la politique de la nation majoritaire. D’ailleurs, la promotion des droits individuels grâce à la Charte canadienne des droits se fait au détriment des droits collectifs en occurrence ceux de la nation québécoise. La nation majoritaire n’a pas à défendre ses droits collectifs. Elle les exerce. Elle a à son service un gouvernement national qu’elle domine et 9 gouvernements provinciaux. Elle forme la nation dominante au Canada sur tous les plans internes et externes. Reste aux Québécois un gouvernement provincial qui les limite à la portion congrue de leur vie nationale.
Un lent processus d'assimilation
L’annexion prolongée conduit lentement mais inexorablement à l’assimilation. C’est le cas des Cajuns de Louisiane, de plusieurs minorités francophones de l'ouest canadien et des maritimes et de plusieurs peuples au cours de l'histoire, par exemple les Basques et les Bretons en France qui tentent une certaine résurrection nationale.
Dans la lutte de libération nationale des Québécois, les fédéralistes qualifient les indépendantistes de séparatistes, ce qui a une connotation péjorative. Ils "cherchent à caricaturer la nation québécoise comme un regroupement ethnique pour invalider le nationalisme québécois et laisser entendre qu'il est fondé sur l'exclusion."[4] Parallèlement, les indépendantistes s’identifient comme souverainistes ou indépendantistes, ce qui constitue un dénominatif d’affirmation. Au jeu de la propagande, nous n’évoluons pas à armes égales. Il est impérieux de dénoncer le régime fédéral comme un mécanisme d'annexion des Québécois qui continue de nous maintenir dans un état d’infériorité comme si ce régime servait à faire en sorte que les conséquences de la conquête militaire de 1759 se poursuive inexorablement. Ce régime nous condamne à la résistance dans un état provincial où les empiétements du fédéral se multiplient grâce à un déséquilibre de moyens, maintenant le Québec dans un état de dépendance politique où la force des armes est remplacée par la force démocratique du nombre. Toutes les tentatives de réforme du fédéralisme canadien depuis un demi-siècle ont lamentablement échouées. Aujourd’hui, cette perspective est reléguée aux calandres grecques et il en sera toujours ainsi puisque la nation canadienne majoritaire ne renoncera jamais à sa suprématie et qu’elle prendra tous les moyens pour nous l’imposer comme le démontrent les actions illégales de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) au Québec dans les années 70, les 400 millions en commandites sur les bénéfices du fédéralisme depuis 1995 et tous les sondages d'opinion depuis des décennies.
Au regard de l’histoire, il n’y a que deux voies réalistes qui se présentent aux Québécois : l’assimilation ou l’indépendance. L'assimilation ne constitue pas un cataclysme subit. Il s’agit plutôt d’un lent processus tranquille par lequel l’attraction que constitue la nation majoritaire érode peu à peu la nation minoritaire. Les transferts linguistiques s’initient d’abord au travail et évoluent progressivement vers la langue parlée à la maison. Les élites sont les premiers séduits par les perspectives offertes par la nation majoritaire puis lentement et sûrement le reste de la population est entraîné. Cela peut prendre plusieurs siècles avant de compléter l’assimilation, mais elle est inexorable. Que reste-il de la nation Cajun en Louisiane que le rouleau compresseur américain a relégué au folklore non par la force des armes comme avec les amérindiens mais par simple attraction d’un côté et attrition de l’autre? Les données des derniers recensements au Canada démontrent une diminution constante du nombre de canadiens-français, hors-Québec, qui parlent encore français à la maison, exception faite de la péninsule acadienne au Nouveau-Brunswick.
- À développer***
L'indépendance, projet démocratique
Le Québec doit accéder à son indépendance pour un grand nombre de raisons, mais tout d’abord pour des motifs existentiels, pour consolider son identité nationale, sa langue et ses valeurs, pour mettre fin aux comportements défensifs et aux attitudes de minoritaires, pour identifier clairement que le Québec français et inclusif est le seul pôle d’intégration qui s’offre aux nouveaux arrivants, avec toute l’ouverture et les moyens requis pour favoriser leur participation à la construction du Québec de demain.
Sur un autre plan, il n’est plus possible d’offrir aux Québécois un bon gouvernement dans le cadre d’une province. Les investissements massifs requis en santé, en éducation, en sécurité du revenu, en développement durable, en développement de l’emploi et des régions sont hors de portée de la province de Québec, étranglée financièrement par le régime fédéral. Même si le déséquilibre des moyens entre l'État canadien et le Québec se réglait comme par magie, il resterait à coordonner les politiques fiscales, les transferts aux citoyens, l’éducation, la recherche et l’investissement en infrastructure et en économie qui actuellement se dédoublent, divergent ou se contredisent. Il faudrait aussi canaliser les sommes énormes de l’épargne québécoise dans le développement des régions, alors que le contrôle de banques et des institutions financières demeure une responsabilité surtout fédérale. Il faudrait enfin récupérer bon nombre de compétences pour nous donner une politique de lutte à la pauvreté et de support à l’emploi.
L’indépendance du Québec est un projet éminemment démocratique de reprise en main par les citoyens de leur vie collective. Il offre la possibilité d’établir ici, comme c’est le cas dans d'autres pays, une véritable démocratie de participation et de concertation. Il offre la possibilité de répartir, avec les nouvelles responsabilités et les moyens financiers qu’apportera l’indépendance, de larges moyens dans les régions du Québec. Il offre enfin au Québec une participation directe aux organismes internationaux pour y valoir ses valeurs et ses projets.
L’indépendance, c’est ne plus seulement défendre notre identité et notre héritage national dans une mentalité de survivance, mais c’est bâtir notre avenir, inventer une société nouvelle, sure d’elle-même et coopérant avec les autres, c’est acquérir la fierté d’une nation libre, inclusive, inventive, productive, pleinement démocratique et impliquée dans la société des nations. En définitive, c’est une question de dignité.
Les moyens d'un État indépendant
Lors du référendum de 1980, la question référendaire définissait la souveraineté ou l'indépendance de la façon suivante: « Le Gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples ; cette entente permettrait au Québec d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie ; aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum ; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada ?
Cet énoncé a été décrié par les adversaires comme ambigu dans le but d'obscurcir un objectif pourtant très claire: faire du Québec un pays souverain et indépendant. Reprenons chacun des trois éléments qui composent la définition de la souveraineté, soit le contrôle exclusif de faire ses lois, de percevoir et de disposer de ces impôts et d'établir ses relation extérieures avec d'autres États et organisations internationales. Sur chacun de ces trois plans, les moyens d'un État indépendant sont sans commune mesure avec ceux d'une province. Que l'on soit de droite ou de gauche, quelles que soient les orientations que l'on veuille donner à une société à l'avenir, quelles que soient nos priorités, les pouvoirs d'un État souverain constituent un indispensable coffre à outil qu'il est urgent pour le Québec de rapatrier. On parle de l’urgence de notre émancipation nationale depuis longtemps et une certaine lassitude en découle, mais sur beaucoup de plans, l’urgence de la souveraineté s’est accentuée, sur d’autres, elle a changé de couleur et de nouvelles priorités exigent que nous nous donnions les outils d’un État national complet.
Le déséquilibre des moyens financiers en faveur du gouvernement fédéral et les intrusions dans les champs de compétences des provinces réduisent la marge de manœuvre du Québec dans des domaines vitaux comme l’éducation et la santé. En même temps que le pétrole de l’Alberta déplace tranquillement le centre de gravité économique du Canada vers l’ouest et que les raffineries ferment à Montréal, le développement durable, est devenu une exigence incontournable pour la qualité de vie et le bien-être des populations. Il pose un défi pressant au Québec, particulièrement en ce qui concerne les sources d’énergie nouvelles et le transport. Enfin, la mondialisation de l’économie, du travail et de la culture exige, encore plus qu’avant, la nécessité d’une participation directe du Québec à la vie internationale.
Le français et l'identité nationale
Le Québec s’est doté en 1977 de la Charte de la langue française qui a créé une génération de nouveaux Québécois que l’on a qualité « d’enfants de la loi 101 ». Mais l’identité nationale, qui s’articule autour d’une langue et de valeurs communes, reste fragile comme en témoigne les débats récurrents autour des valeurs et de l'intégration des immigrants. La raison fondamentale qui justifie le projet de pays du Québec est notre héritage culturel et notre langue française. Il y a urgence d’en maintenir la pérennité tout en créant une citoyenneté québécoise ouverte et accueillante pour les nouveaux arrivants. Pour consolider la solidarité entre Québécois de toutes origines, il est indispensable que nous ayons le plein contrôle de nos politiques culturelles nationales, de nos outils de support à la culture, notamment la réglementation de la radio, de la télévision et des télécommunications.
Dans un Québec indépendant, état unilingue français, la capacité de parler français deviendra un avantage compétitif pour obtenir de l’emploi, pour travailler, se divertir et participer à la vie de la nation sur tous les plans. L’indépendance du Québec, consolidera définitivement la langue française comme facteur d’intégration et de promotion pour tous les Québécois, y compris les nouveaux arrivants dont notre société aura grandement besoin pour contrer le déclin démographique. Le contrôle complet de notre immigration et la présence d’ambassades et de bureaux du Québec, prioritairement dans les pays de la francophonie, nous assurera que les nouveaux immigrants acceptent sachent qu'ils s’intègrent dans un pays de langue française. La responsabilité complète dans le domaine des communications et de la culture donnera un élan et une cohérence au sentiment national.
Par contraste, la dépendance politique actuelle du Québec nous condamne à lutter constamment pour notre cohésion et notre essor national, voire notre survie comme nation. Depuis l’adoption de la loi 101, on a observé certains progrès notamment en ce qui a trait aux rattrapages des iniquités économiques et à la francisation des régions francophones du Québec en dehors de Montréal. Ces progrès, acquis grâce à l’action du mouvement souverainiste, ne doivent pas être minimisés, mais ils restent loin d’assurer l’avenir du français au Québec. Le français est encore loin d’être la langue publique commune au Québec et son usage comme langue de travail stagne depuis une vingtaine d’années.
À Montréal, le nombre de citoyens de langue maternelle française est tombé sous la barre des 50% et les travailleurs allophones sont aussi nombreux à travailler en anglais qu’en français. Les collèges et les universités, les hôpitaux et les autres institutions anglophones sont fréquentées très largement par les francophones constituant un facteur important d'anglicisation de la grande région de Montréal. Le récent débat sur les écoles passerelles a montré encore une fois comment la constitution canadienne et les jugements de la Cour suprême qui en découlent arrivent à invalider la loi 101 et la protection minimale qu'elle vise à assurer au français comme langue commune de la nation québécoise.
La poursuite de l’affirmation (de l’identité québécoise), de la modernité et du rayonnement international constitue, pour le seul État francophone d’Amérique du Nord, à la fois un défi culturel majeur et un choix collectif prioritaire, dont seule la souveraineté permettrait de garantir la réalisation. Quand à la pérennité de la langue française en Amérique, celle-ci ne pourra être assurée que par un État pouvant disposer librement de toutes ses ressources et de ses institutions démocratiques.
Une politique nationale de développement durable
La crise écologique mondiale, les coûts énormes et les risques pour l’être humain de la société de consommation à outrance, soulignent à l’évidence l’absolue nécessité de nouvelles façons de produire et de consommer. Nous devons développer une économie verte, protéger nos ressources vitales, agir sur les conditions climatiques et énergétiques qui menacent l’avenir des prochaines générations et développer de nouvelles formes d’économie sociale. Le Québec doit devenir davantage innovateur pour créer un développement durable intégrant les dimensions du développement économique, de la protection de l’environnement et du développement humain.
Une société ne peut plus espérer durer dans le temps et prospérer si elle hypothèque ses générations futures. La principale hypothèque du Québec n’est pas sa dette nationale. Celle-ci, bien sûr doit être contrôlée mais son poids diminue progressivement par rapport au produit intérieur brut. Par contre, les coûts du développement économique irrespectueux de l’environnement et de la santé sont bien plus préoccupants pour les générations futures. Des économistes ont estimé le coût de remplacement des écosystèmes biologiques consommés à une somme entre 16 et 54 billions de dollars US par année, ce qui représente de une à trois fois le produit national brut mondial.
Il faut donc mettre des efforts considérables dans le développement économique durable, en faisant en sorte de combiner la création d’emploi et la protection de l’environnement et de la santé. Ces efforts dépendent de notre capacité de récupérer l’ensemble de nos ressources financières pour les orienter vers le développement durable. Au Canada, le déplacement du pôle d’attraction économique vers l’Alberta et le glissement à droite de la politique fédérale commencent à nuire sérieusement aux intérêts économiques et écologiques du Québec. Au lieu de faire sa part pour respecter l’accord de Kyoto, le gouvernement canadien veut mettre en place un plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui protège la position concurrentielle des grands émetteurs, donc qui les affecte peu. Pour éviter de pénaliser les compagnies émettrices en leur faisant payer les coûts de leur pollution, le gouvernement fédéral prendra à sa charge environ 60 % de la croissance des émissions de GES provenant des grands émetteurs qui sont surtout en Alberta et en Saskatchewan Il s'ensuit un transfert d'une province à faible revenu comme le Québec vers l'Alberta, la province la plus riche du Canada. En effet, l'Alberta ne représente que 10 % de la population canadienne, mais sa part de la croissance des émissions de GES est de 41,6 %. Des économistes de l’Université Laval ont calculé qu’au total, l'Alberta pourrait retirer 1425 millions $ et la Saskatchewan 421 millions$ du plan vert conservateur, l'Ontario et le Québec en faisant les frais avec des contributions de 1441 millions et 453 millions respectivement.
Nous devons également faire face à la crise du pétrole dont dépend l’activité économique dans de nombreux secteurs. Le transport est responsable de 38% des émissions des gaz à effet de serre. Pendant que le Québec globalement importe de l’étranger pour l’équivalent de 21 milliards $ par année dans des achats liés à l’automobile et aux carburants, le Gouvernement du Québec, étranglé financièrement, doit réduire ses investissements et son financement dans le transport en commun. Il faudrait renverser cette situation qui nuit à la fois à l’économie et à l’écologie. Il faudrait investir en quelques années au moins 5 milliards de dollars dans les infrastructures, les trains de banlieue, la conversion des autobus et des taxis, les transports gratuits dans les centres villes. Il faudrait également investir davantage dans les sources nouvelles d’énergie pour remplacer le pétrole et assurer une part plus grande d’indépendance énergétique et des importations de l’étranger. Toutes ces initiatives protègeraient l’environnement tout en créant de l’emploi.
Un Québec indépendant acquerrait les moyens de relever le défi énergétique et de l’emploi. Il serait notamment à l’abri des pressions des provinces productrices du pétrole et du frein qu’elles imposent au gouvernement fédéral quant à l’accord de Kyoto et d’autres politiques de développement durable. Le Québec pourrait se développer en faisant converger tous les moyens d’un pays vers ses propres priorités.
Maîtrise technologique et économique
Nous sommes face à un monde nouveau qui nécessite un développement économique durable et solidaire. Un monde qui exigera aussi d’énormes investissements. En ce qui concerne l’innovation technologique et économique, créatrice d’emplois durables, il faut miser sur le développement des nouvelles compétences par l’éducation sur l’excellence de la recherche et du développement et sur l’entrepreneurship de citoyens innovateurs. Il faut aussi être capable d’utiliser nos moyens collectifs en fonction du développement des technologies respectueuses de l’environnement : technologies de l’information, biotechnologies, énergies renouvelables. La clef de ces développements demeure l’initiative économique et sociale sous toutes ses formes, appuyée par un gouvernement national disposant de tous ses outils. Valoriser l’initiative et l’esprit d’entreprise dans le secteur privé, les coopératives ou l’économie sociale, c’est d’abord miser sur le désir d’action et d’accomplissement personnel, particulièrement présent chez la jeune génération. Mais cela demande des ressources financières et des programmes gouvernementaux d’investissement public qui nous échappent largement au profit du gouvernement canadien.
L’urgence de maîtriser les transformations économiques et sociales qu’engendrent l’innovation, l’informatisation, et plus largement les changements technologiques exige un ensemble cohérent de mesures, une volonté politique de les appliquer et, surtout, les moyens de les réaliser. Ainsi se pose, là comme ailleurs, l’incontournable question des moyens du Québec et de l'indépendance nationale.
Plusieurs intervenants au Canada anglais réclament depuis longtemps une stratégie nationale (donc fédérale) des ressources humaines englobant diverses compétences provinciales comme l’éducation, la recherche-développement, la formation continue, l’emploi et la sécurité sociale. Ils déplorent la dispersion des politiques entre Ottawa et les provinces qui ne permet pas d’avancer aussi vite que d’autres sociétés. Le dédoublement des ministères et des politiques entre les deux paliers de gouvernement fait que les décisions collectives sont lentes à venir, lorsqu’elles ne se contredisent pas carrément. Pour nous Québécois, qui faisons le même constat, une seule question se pose. Devons nous placer le gouvernement national majeur à Québec ou à Ottawa ? La réponse devient évidente. Nation annexée, de plus en plus minoritaire au Canada, il serait dramatique que nous devenions plus dépendants encore, pas dans ce monde en perpétuel changement où nous vivons et où vivront les prochaines générations. Autant il est nécessaire pour le Québec de se doter d’un projet national fondé sur la concertation et la solidarité québécoise, autant il est nécessaire d’intégrer pleinement notre développement à l’évolution de l’économie mondiale.
Solidarité sociale
L’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de s’accroître dans notre société. « Après une relative stabilité entre 1976 et 1989, la disparité des revenus des ménages après impôts est désormais de «grande ampleur», peut-on lire dans cette étude intitulée Inégalité et redistribution du revenu au Canada, 1976 à 2004. Dans les faits, depuis le début des années 90, les familles à faible revenu ont vu leurs ressources s'effriter de 8 % en moyenne. Au même moment, les ménages les plus fortunés du Canada ont bénéficié d'une hausse de revenu de 24 % alors que la classe moyenne a fait des gains d'environ 8 %, indiquent les spécialistes fédéraux du chiffre. »[5]
Nous devons par ailleurs contrer une tendance où la croissance économique n’est plus synonyme de croissance de l’emploi. Ce phénomène pose de nouvelles exigences de solidarité sociale. En effet, malgré le discours parfois accusateur sur le manque de productivité des travailleurs, les chiffres montrent qu’entre 1982 et 2000, le nombre de personnes au travail a augmenté de 22% au Québec (du à la croissance de la population, car le taux de chômage n’a pas varié énormément) alors que le PIB par habitant a connu une hausse de 132 %, six fois plus rapide ! Pendant la même période, en 20 ans, les salaires totaux versés dans l’économie québécoise augmentaient de 130 %, alors que les revenus des entreprises gonflaient de 496 % [6] . La richesse produite augmente donc plus rapidement que les salaires et que le nombre de personnes en emploi. Le problème n’est donc pas d’abord celui de la création de la richesse mais de sa répartition. Inversement, en distribuant mieux et la richesse, nous pourrions augmenter le nombre de personnes qui contribuent à la production des biens et services par leurs dépenses au Québec ou leur travail dans les organisations ou dans l’économie sociale, augmentant ainsi la richesse collective.
Bien qu’ils soient en désaccord sur de nombreuses questions quant à l’avenir socio-économique du Québec, les manifestes « Pour un Québec lucide » et « Pour un Québec solidaire » appuient tous deux l’idée d’établir un programme de revenu garanti au Québec. Or un tel programme est impossible dans le fouillis actuel. Une trentaine de programmes différents de soutien au revenu sont répartis, souvent de façon contradictoire, entre les deux paliers de gouvernement: aide sociale, régime des rentes et prêts et bourse à Québec, assurance chômage et pension de sécurité de la vieillesse au fédéral, pour ne nommer que les mieux connus, sans compter les différents crédits d’impôt et autres mesures fiscales des gouvernements.
La pauvreté coûte cher! La lutte à la pauvreté et pour l’emploi n’est pas une dépense, c’est un investissement dans le développement du Québec! Si d’autres sociétés s’en tirent mieux que nous, c’est qu’elles utilisent leur souveraineté pour coordonner leurs politiques, investir leurs ressources, en misant sur la concertation et la responsabilisation sociale des entreprises, des syndicats et des autres acteurs de la société. La souveraineté est urgente pour que le Québec se donne les moyens de concrétiser ses valeurs de solidarité sociale
Finances publiques, santé et éducation
L’urgence pour le Québec, comme pour les autres sociétés, d’investir massivement dans la société du savoir et l’Éducation n’a plus besoin d’être démontrée. Elle est une condition essentielle au développement de l’économie et de l’emploi et une arme contre la pauvreté et la précarité. Par ailleurs, le Québec doit relever le défi démographique du vieillissement de la population qui est l’un des facteurs de la croissance rapide des coûts de la santé, lesquelles prennent un part de plus en plus grande des dépenses de l’État québécois. Sur ces deux questions, qui sont officiellement de responsabilité provinciale au Canada, le Québec est mal équipé, étranglé financièrement par son niveau de chômage et une marge de manœuvre plus réduite qu’au palier fédéral.
On peut contester l’ampleur de la croissance de ces coûts et surtout certaines propositions pour y faire face comme l’augmentation de taxes régressives touchant les plus démunis, ou le recours au privé en santé, générateur de coûts additionnels pour les citoyens comme le montre l’exemple des État-unis. Cependant, on peut parler d’un consensus sur le fond : la santé et l’éducation sont des responsabilités publiques que notre gouvernement national doit rendre accessible à tous, indépendamment de leurs revenus. Or dans le régime politique actuel, le Québec, compte tenu de ses revenus, n’a pas les moyens d’assumer ses responsabilités. D’ailleurs, le [Savoir pour pouvoir : Entreprendre un chantier national pour la persévérance scolaire rapport Ménard] souligne l’importance de régler cette question du déséquilibre de moyens, mais il ne dit pas comment le faire tout en demeurant une province. La dernière campagne électorale a démontré que le fédéral, malgré son discours officiel et mensonger, n’avait pas résolu le problème, pendant que le gouvernement du Québec se servait des miettes fédérales pour les répartir en petits cadeaux fiscaux aux contribuables du Québec, au lieu d’investir dans les besoins criants en santé et en éducation.
La meilleure solution et la plus rapide pour créer une marge de manœuvre dans le budget public est de rapatrier nos impôts d’Ottawa tout en prenant en charge les pensions de vieillesse, l’assurance chômage et les autres programmes utiles du Gouvernement fédéral. En doublant ainsi les revenus du Québec, sans doubler les charges compte tenu des énormes surplus fédéraux et des dédoublements de ministères et de services, nous obtiendrons immédiatement une marge de manœuvre de plusieurs milliards$ que nous pourrons utiliser selon nos propres besoins, pour remettre le Québec en marche. *** Ajouter des éléments et documenter ***
Démocratie et régionalisation
Un grand nombre de décisions prises par les entreprises échappent au débat démocratique. La justice sociale, la création d’un développement économique et social durable et équilibré sont impensables dans un contexte de dépendance politique des personnes, des communautés et de la société québécoise dans son ensemble.
Le régime fédéral accentue cette dépendance politique. Le phénomène de minorisation et la place de plus en plus grande qu’occupe le fédéral dans nos vies fait en sorte que les Québécois ont de moins en moins d’influence sur les décisions collectives. L’enchevêtrement des décisions, accentué par l’entrée du fédéral dans les champs de compétence des provinces, a pour conséquence que le citoyen ne sait plus qui est responsable de quoi. Presque tous les domaines sont maintenant, dans les faits, de compétence partagée. À titre d’exemple parmi d’autres, en environnement, le fédéral est responsable du centre des cours d’eau, alors que le provincial s’occupe de la protection des rives. Il devient alors plus difficile de participer à la vie de la communauté et à la protection de l’environnement.
Il y a un large consensus au Québec pour favoriser une démocratie sociale renouvelée où certains rôles de l’État sont décentralisés vers le secteur communautaire, les régions et les communautés locales. Au niveau de la société globale, la récupération des pouvoirs de l’État fédéral au Québec est l’occasion de faire évoluer l’État providence centralisé et bureaucratique, vers un État décentralisé et responsabilisant, vers un État ordinateur, compensateur et catalyseur. Cela devient même incontournable pour éviter que le Québec, tout en ayant acquis l’ensemble des responsabilités actuellement assumés par l’État fédéral, ne croule sous le poids de l’administration, en cumulant les tâches actuellement partagées entre les deux paliers de gouvernement.
Il y a aussi un large consensus pour que le débat démocratique et la libre expression des opinions soient favorisés par différents moyens tels que la concertation permanente des acteurs de la société civile, la réforme des institutions centrales de l’État, l’éthique dans le financement des partis politiques. La mise en place d’un mode de scrutin proportionnel serait un autre progrès démocratique en faisant en sorte que la diversité des courants d’opinion dans la société soit mieux reflétée, ce qui favoriserait la participation des citoyens, et surtout des citoyennes, aux partis politiques de leur choix. Or, bien que ces réformes aient été faites ou pourrait l’être au niveau provincial on peut se demander si un jour elles s’implanteront au niveau fédéral. Actuellement, le citoyen navigue entre deux niveaux de démocratie, selon qu’il décide de s’occuper des questions traitées au niveau fédéral ou au niveau du Québec. Sur un autre plan, le développement économique et l’emploi doivent être distribués équitablement sur le territoire du Québec. Or, le Québec ne peuple plus son territoire! Comment convaincre un immigrant de s’installer dans une région ressource, alors que de plus en plus de personnes dans cette région, particulièrement des jeunes, la quitte pour aller travailler à Montréal, à Québec, ou pire, à Toronto ou aux États-Unis! Or, il est possible d’initier un mouvement de retour et de peuplement des régions par une immigration contrôlée, mieux répartie sur le territoire du Québec. La nouvelle économie fondée sur l’Internet et les autres moyens de communication rend possible diverses formes de développement durable quelles que soient les distances, sans compter l’établissement d’industries de transformation et de services proches des sources d’approvisionnement.
Pour cela, il faut une politique de peuplement et de développement régional, coordonnée dans chaque région et appuyée par un État québécois disposant de tous ses moyens. Dans le Québec-province actuel, on ne peut demander à l’État québécois de décentraliser des pouvoirs ou des budgets qu’il n’a pas. En récupérant ses pouvoirs et les budgets que nous envoyons encore à Ottawa, en mettant fin aux dédoublements coûteux de Ministères et d’agences gouvernementales, par ailleurs souvent en conflit, l’État Québécois pourra créer des administrations régionales fortes et leur confier des responsabilités étendues, avec les budgets correspondants. L’État et les régions acquerront ainsi les moyens d’une politique de l’emploi et de peuplement misant à fond sur le dynamisme et la démocratie de participation dans chaque région du Québec.
Participation à une autre mondialisation
Le nouveau nationalisme québécois se caractérise par son internationalisme. Le monde nouveau qui se développe fait des peuples des cellules du « village global », de la société internationale. Les économies sont de plus en plus en plus intégrées entre elles. Notre capacité à exceller sur le plan scientifique et technologique, à exporter et à échanger, à participer au dialogue des cultures, à faire notre part dans l’équilibre écologique de la planète, à promouvoir la paix et la solidarité internationale, en un mot notre capacité à aider à civiliser la mondialisation dépend de notre accession au concert des nations. Un peuple absent des organismes et des forums internationaux où se décident les orientations de la planète a peu d’avenir. La participation à la société des nations implique des relations entre égaux impossibles entre un peuple dépendant politiquement et des peuples jouissant de la pleine personnalité internationale et de tous leurs outils collectifs.
La mondialisation en marche met en évidence la nécessité, voire l’urgence, d’une participation directe à la société internationale. Personne n’y défendra nos intérêts économiques, notre vision sociale ou environnementale que nous-mêmes. Sur le plan culturel il faut continuer lutte contre les intérêts commerciaux, surtout américains, qui nient la diversité culturelle en voulant empêcher les Gouvernements des pays de favoriser leur culture nationale. Cette lutte n’est pas terminée et ne peut dépendre des aléas des bonnes ou moins bonnes relations entre Québec et Ottawa. Il suffirait d’un gouvernement fédéral peu sensible à cette question vitale pour le Québec pour le Canada se range sur la scène internationale parmi les pays niveleurs des identités nationales.
La mondialisation de l’économie nécessite, par ailleurs, que nous soutenions, par la concertation des acteurs socio-économiques et la concentration des moyens de l’État Québécois, toute notre capacité compétitive sur les marchés internationaux. Notre présence dans les organes internationaux comme l’organisation mondiale du commerce (OMC) et l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est essentielle. Bernard Landry a exprimé magnifiquement cette incontournable nécessité de l’indépendance du Québec face à la mondialisation. « Pour éviter que la globalisation des marchés ne sombre dans l’anarchie économique et sociale ou ne soit régie par le gouvernement des multinationales, elle devra être de plus en plus placée sous la surveillance et le contrôle de pouvoirs supranationaux. Comme seules les nations reconnues sont admises à siéger dans ces instances mondiales supérieures, le pouvoir s’éloignera de plus en plus des citoyens et citoyennes du Québec s’ils ne se décident pas à faire leur indépendance nationale au plus tôt. » [7]. Il cite également l’ancien secrétaire général des Nations-unies, Boutros Boutros-Ghali : « Pour entrer en relation avec l’Autre, il faut d’abord être soi-même. C’est pourquoi une saine mondialisation de la vie moderne suppose d’abord des identités solides ».
État indépendant vs Province (demi-état)
Examinons maintenant la situation d'ensemble. Quels sont les processus à l'oeuvre qui favorisent l'indépendance du Québec par rapport à son statut provincial actuel de demi-état. Dans son ouvrage The Dynamic of Secession publié en 1999, Viva Ona Bartkus propose un cadre d'analyse. Sur la base d'un grand nombre de cas d'accession à la souveraineté, elle conclu que la probabilité de la sécession s’accroit lorsque les bénéfices de l’indépendance et les coûts du maintient de l’intégration augmentent, alors les bénéfices de l’intégration diminuent, de même que les coûts de la sécession. Le Québec, comme nation est de toute évidence entré dans un tel contexte, objectivement favorable à son indépendance nationale.
Les coûts du fédéralisme augmentent.
Des tendances lourdes comme l’étranglement financier qui menacent le Québec, la centralisation à Ottawa et l’uniformisation de l’espace canadien et, finalement de la minorisation des Québécois et des francophones au sein du Canada, et bientôt même à Montréal, sont des facteurs qui se conjuguent pour conduire à une attrition du fait français au Québec et au Canada accompagnée d’un affaiblissement du sentiment national et de l’identité québécoise. En somme, de nation sans état, nous risquons de régresser au rang de minorité linguistique, réduite à lutter pour sa survivance au lieu de prendre la place qui nous revient dans le concert des nations.
Les preuves de la minorisation des francophones au Canada, même au Québec ne sont plus à faire. Hors du Québec et du Nouveau-Brunswick, l’attraction de la langue anglaise dans un continent nord-américain massivement anglophone est telle que près de la moitié des francophones d’origine, hors du Québec et du Nouveau-Brunswick, ne parlent plus le français à la maison. Sans nier la valeur et la nécessité du combat des francophones hors Québec, c’est donc uniquement au Québec et dans certaines régions limitrophes du Nouveau-Brunswick et de l’Ontario que le français a des chances de se maintenir. Un autre effet important de la diminution de la proportion des francophones au Canada est une réduction de leur influence au parlement fédéral. En vertu du principe de la « représentation selon la population », le Québec s’était fait octroyer 65 députés sur un total de 181 au moment de la « Confédération » en 1867, soit 34,2 %. Au cours des 70 années suivantes, la création de nouvelles provinces a fait passer les effectifs des Communes à 245 sièges, mais la représentation québécoise, demeurée la même, n’en constituait plus que 26,5 %. Selon le nouveau mode de calcul introduit par le projet de loi C-56, peu après l’élection québécoise de mars 2007, l’ensemble de la députation augmentera de 308 à 330, essentiellement au profit de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. La proportion d’élus québécois baissera donc de 24,4 % à 22,7 %. « Malgré la motion unanime de l’Assemblée nationale et les protestations du Bloc québécois, le gouvernement Harper n’a de toute évidence aucune intention de faire une quelconque exception au principe de la représentation selon la population pour maintenir le poids politique du Québec. » [8]
Grâce à ses immenses surplus budgétaires le gouvernement fédéral est devenu de fait, «le» gouvernement montant au Canada, prenant de plus en plus la place des gouvernements provinciaux dont le Québec, même dans leurs domaines de juridiction exclusif selon la constitution canadienne, comme l’éducation, la santé, les affaires municipales. Cela signifie que le gouvernement du Québec, sur la défensive, est de plus en plus impuissant à répondre aux besoins de ses citoyens. Dans chacun de nos projets collectifs, nous nous faisons dire de plus en plus que la solution est à Ottawa. Parfois, celui-ci répondra positivement, parfois, le plus souvent les intérêts de l’Ontario ou de l’ouest prévaudront. Dans tous les cas, les services fédéraux seront de plus en plus en plus uniformes d’un océan à l’autres puisque telle est l’approche de bureaucrates fédéraux, sans que l’on tienne compte des choix de société que les Québécois pourraient vouloir faire par eux-mêmes.
Les bénéfices de l'indépendance augmentent.
L'indépendance seule peut permettre d'inverser ces tendances lourdes qui mènent toutes à la lente et inexorable assimilation de la nation québécoise. L’indépendance du Québec, consolidera définitivement la langue française comme facteur d’intégration et de promotion pour tous les Québécois, quelle que soit leur origine. Elle est la seule façon de mettre fin définitivement à l'étranglement budgétaire du Québec en regroupant tous non impôts à Québec, créant une marge de manoeuvre permettant le réinvestissement en éducation et en santé et la décentralisation budgétaire vers les régions. La concertation des moyen financiers et législatif, permettra à notre État national de lutter plus efficacement contre les changements climatiques, contre la pauvreté, contre la dénatalité. Enfin, quant à notre participation à la vie international, la disparition de l'écran que constitue le gouvernement canadien nous permettra d'y défendre nous-mêmes nos intérêts économiques, notre vision sociale ou environnementale mieux que nous- mêmes.
Les bénéfices du fédéralisme s'estompent
Dans une lutte nationale comme celle que mène le Québec, les partisans du fédéralisme cherchent à mettre en évidence les bénéfices en termes de sécurité économique et de rayonnement international qu’apporterait au Québec son appartenance à la fédération canadienne. Or ces bénéfices sont décroissants dans le contexte de la mondialisation. « Les Catalans et les Québécois seraient davantage enclins à considérer la sécession maintenant que la transformation graduelle du système international a réduit les bénéfices traditionnels de l’intégration dans un plus grand État, en ce qui concerne la sécurité et les bénéfices économiques.(...) L’intégration au sein d’un État reconnu n’est plus jugé essentiel à la protection et à la promotion de la sécurité et des intérêts économiques des communautés. » [9]
Par ailleurs, un des bénéfices du fédéralisme souvent invoqué depuis l’arrivée de Pierre-Elliot Trudeau à Ottawa était la promotion de la langue française dans la fonction publique fédérale et comme langue seconde « from coast-to-coast ». Autrement dit, le grand espace canadien favoriserait l’expansion de la langue française. Or l’analyse des recensements démontre au contraire le danger qui se cache derrière ce soi-disant « bénéfice » du fédéralisme. Alors qu’il y a plus d’Anglo-Canadiens (de 5,5 % en 1971 à 8,8 % en 1996) qui affirment pouvoir converser en français, on assiste à une perte dramatique chez les francophones eux-mêmes qui sont moins nombreux qu’auparavant à parler leur propre langue. Au total, la proportion de Canadiens dont la langue maternelle est le français diminue à chaque recensement, de 28,1 en 1961 à 23,5% en1996. Fait plus grave, la proportion de Canadiens utilisant le français à la maison est encore plus faible, de 25,7% en 1971 à 22,6 % en 1996. « Quand 46% des francophones hors Québec et hors Nouveau-Brunswick cessent de parler leur langue à la maison, le simple respect de l’intelligence du lecteur devrait nous interdire de discuter même de la proposition selon laquelle l’apprentissage du français comme langue seconde par des anglophones compense cette assimilation. »[10] Quant au français dans la fonction publique fédérale, un fossé sépare les gestes de la parole, aux dires mêmes du nouveau commissaire aux langues officielles, Graham Fraser. Il suffit de consulter son plus récent ouvrage, « Sorry I don’t Speak French. »[11]. Comme ses prédécesseurs, le commissaire met en évidence le surplace du français dans les services gouvernementaux. En parcourant cet ouvrage et d’autres, on ne peut que se dire que les services assumés par le gouvernement central avec nos taxes ne fonctionneront vraiment en langue française que lorsque qu’un Québec indépendant les aura rapatriés au Québec.
Les coûts du l'indépendance sont une illusion
Les fédéralistes cherchent aussi à gonfler les coûts de la sécession en brandissant des menaces comme l’instabilité économique, la possible partition du territoire québécois ou les soi-disant obstacles juridiques quant au droit du Québec à faire son indépendance. Les réponses à ce type d'arguments se trouvent à l'article Accession du Québec à l’indépendance. Essentiellement, les données concernant les nouveaux pays d'Europe de l'est montrent que ceux ayant fait sécession au milieu des années 90, comme la Slovaquie, la Slovénie et la Tchéquie, s'en tirent mieux que les pays unitaires comme la Roumanie, la Hongrie ou la Bulgarie. Pour ce qui qui est de la possible partition du territoire québécois, elle est repoussée du revers de la main par les cinq experts en droit international commandités en 1992 par la Commission Bélanger-Campeau pour examiner froidement cette question. Enfin, les obstacles juridiques que tente de créer le gouvernement canadien avec la loi sur la clarté ne tiennent plus la route depuis le jugement de la Cour Internationale de Justice sur le Kosovo. En définitive, la volonté majoritaire clairement exprimée du peuple québécois entraînera tôt ou tard la reconnaissance du Québec souverain par d'autres pays.
En somme, comme l'indique le tableau précédent, les facteurs favorisant la sécession du Québec sont très majoritairement favorables. Les coûts du fédéralisme deviennent de plus en plus dangereux pour notre avenir national alors que les bénéfices du Canada autrefois évoqués disparaissent face au nouveau contexte international qui favorise les associations entre États souverains. Les coûts de la sécession perdent de leur crédibilité, mais l’indépendance devient de plus en plus nécessaire à plusieurs titres. D’abord pour s’assurer que la personnalité linguistique et culturelle du Québec, que notre identité nationale cesse d’être menacée et au contraire devienne un force d’intégration pour les nouveaux arrivants.. Cet objectif est encore plus vital maintenant que le vieillissement de la population nous amène à compter davantage sur l’immigration internationale pour assurer notre développement. Ensuite, il est urgent que l’État québécois récupère ses ressources budgétaires complètes pour financer ses services vitaux en santé, en éducation, en solidarité sociale, en développement des régions. Il est également pressant de relever le défi du développement durable et de mettre en chantier un vaste projet d'indépendance énergétique, de substitution du pétrole et de réduction des gaz à effet de serre. Enfin, pour toutes ces raisons et d’autres, nous devons, comme les autres nations, participer directement aux organismes internationaux pour aider à instaurer une autre mondialisation fondée sur la solidarité internationale.
Notes
- ↑ L'accession à la souveraineté et le cas du Québec, Presses de l'Université de Montréal, 1976
- ↑ Voir à cet égard l'article Accession du Québec à l’indépendance
- ↑ Rosario Bilodeau, Robert Comeau, André Gosselin et Denis Julien, Histoire des Canadas, Hutubise HMH, p. 480
- ↑ Voir à cet égard le texte de "Un nationalisme non fondé sur l'ethnicité" de Michel Seymour
- ↑ "Les riches sont plus riches, les pauvres plus pauvres", Le Devoir, 12-13 mai 207
- ↑ Gouvernement du Québec, Institut de la statistique, Rémunération des salariés. État et évolution comparés. 2001.
- ↑ Bernard Landry, « La mondialisation rend la Souveraineté plus nécessaire et urgente que jamais », L’Action nationale, mars 1999
- ↑ Michel David, « La loi du nombre », Le Devoir, 19 mai 2007
- ↑ Viva Ona Barkus, The Dynamics of Secession, Cambridge University Press, 1999, p. 22 et pp. 201-202
- ↑ Jean-François Lisée, Sortie de secours, Boréal, 2000, p. 132
- ↑ Graham Fraser, Sorry, I don’t speak French – Ou pourquoi quarante ans de politiques linguistiques au Canada n’ont rien réglé...ou Presque, Boréal, 2007



