Le Livre qui fait dire oui/L’économie

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Contributeur initial Patrice Vachon
économiste

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Pour plusieurs, l’économie représente un frein à notre capacité de devenir indépendants. La présente section ne cherchera pas à démontrer que le Québec est un paradis économique et qu’aucune difficulté ne point à l’horizon. Tous les États du monde, même les plus puissants, font face à des défis qui leur sont propres. Si le Québec n’est pas un paradis économique dont l’horizon est exempt de difficultés, il n’est toutefois pas non plus le cancre économique que certains tentent de dépeindre. Nous possédons tout ce qu’il faut pour devenir un État indépendant non seulement viable économiquement mais, surtout, plus prospère (voir graphiques en fin de texte).

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Des ressources abondantes

Pour commencer, il faut rappeler que nous possédons des ressources abondantes qui nous permettront de faire aisément la transition entre notre situation actuelle et un Québec indépendant. Notre secteur minier se classe parmi les dix plus importants producteurs mondiaux. Nos principaux minéraux métalliques exploités sont le fer, l’or, le cuivre et le zinc. Nous produisons également du titane, de l’argent, du magnésium et du nickel ainsi que de nombreux autres métaux et minéraux industriels, dont du diamant. Et ce n’est qu’un début : 60 % du potentiel minéral de notre sous-sol reste inexploré[1]. La forêt constitue également un secteur qui peut contribuer à notre développement.

Nous possédons aussi d’importantes réserves d’eau potable. Dans le contexte du réchauffement climatique, cette ressource devrait être de plus en plus déterminante. De plus, l’hydroélectricité nous place dans une position en- viable dans ce même contexte, en plus de nous permettre d’attirer des industries énergivores ou d’exporter en cas de hausse des prix de l’électricité. Dans un même ordre d’idées, le fleuve Saint-Laurent constitue une ressource stratégique importante puisque sa voie navigable permet d’atteindre le cœur de l’Amérique du Nord. Indépendants, nous serons à même d’y réguler le trafic et d’imposer les réglementations et les tarifications qui nous semblent les plus appropriées sans avoir à tenir compte des besoins de l’Ontario, par exemple. Présentement, l’essentiel du trafic maritime est dirigé vers les Grands Lacs sans avantage pour nous, et profite surtout à la région torontoise.

Finalement, notre principale richesse est et doit demeurer nos cerveaux. Les scientifiques, les artistes, les sportifs et les innovateurs québécois nous font déjà rayonner à travers le monde. Le fait d’avoir une population trois fois plus bilingue et sept fois plus trilingue que n’importe quelle autre sur le continent constitue également pour nous un atout économique important.

Nos intérêts stratégiques

Pour un État, posséder des richesses — naturelles ou autres — n’est toutefois pas suffisant ; il doit être en mesure de développer des industries et des entreprises concurrentielles. Il doit également défendre ses intérêts stratégiques, c’est-à-dire les avantages concurrentiels qu’il possède par rapport aux autres États dans certaines industries. Comme les autres nations du monde, nous devons donc également défendre ces intérêts stratégiques. Or, ils ne coïncident pas avec ceux d’Ottawa. En restant à l’intérieur du régime canadien, nous confions une part importante de nos leviers économiques à une nation qui a d’autres objectifs à atteindre.

Tout d’abord, les industries obtenant le soutien du Canada et du Québec ne sont pas les mêmes. D’un côté, les pétrolières et l’industrie automobile ; de l’autre, l’énergie renouvelable, l’aéronautique et l’industrie forestière. Lorsque l’industrie automobile en Ontario a connu des difficultés en 2009, le gouvernement canadien a notamment investi 10 milliards de dollars pour aider à maintenir les emplois ; lorsque, à la même époque, des difficultés semblables sont survenues dans notre industrie forestière, c’est essentiellement notre gouvernement qui a dû investir pour relancer le secteur. Du côté du pétrole, c’est 1,4 milliard de dollars qui sont investis chaque année par Ottawa (plus de 60 milliards depuis 1970[2]) ; pendant ce temps, Hydro-Québec a dû être financée presque exclusivement par notre gouvernement et n’a jamais pu bénéficier d’un financement canadien notable.

Les désavantages du pétrole

Les prix du pétrole sont un autre exemple de la divergence entre nos intérêts économiques et ceux du Canada. Des prix du pétrole faibles nous sont bénéfiques, alors qu’ils nuisent à la croissance canadienne. En effet, nous ne possédons pas d’industrie pétrolière ; les avantages pour notre économie sont donc, au mieux, indirects. Les désavantages, eux, sont toutefois extrêmement concrets puisque les prix élevés du pétrole favorisent un dollar canadien fort qui nuit à nos exportations. Cela a eu pour effet de nous faire perdre 55 000 emplois dans le secteur manufacturier[3]. Par ailleurs, des coûts importants sont à prévoir pour l’application de la cible canadienne de réduction des gaz à effet de serre puisque le Québec, largement le meilleur élève en ce qui concerne les gaz à effet de serre au Canada, devra payer pour la pollution albertaine. Pire, Ottawa n’a ménagé aucun effort pour promouvoir le pétrole des sables bitumineux en Europe et lui éviter d’être qualifié d’énergie sale ; à l’opposé, il n’a aucunement défendu notre hydroélectricité lorsqu’en 2010 le Congrès américain a décidé de considérer la production d’hydro-électricité comme n’étant pas une énergie propre, ce qui nuit à nos exportations.

Négocier nos traités commerciaux

Notre impuissance économique en tant que province est également visible dans le domaine du commerce international. L’économie mondialisée est régie par une multitude de traités commerciaux conclus entre États indépendants. Le Canada, au cours des négociations précédant leur signature, n’avait pas nos intérêts en tête, mais plutôt ceux de l’économie canadienne. Le récent accord de libre-échange avec l’Union Européenne l’a démontré une fois de plus. Lors des tractations finales, le gouvernement canadien a offert à l’Europe d’importer 17 000 tonnes de fromage en échange de la possibilité pour le Canada d’exporter en Europe 50 000 tonnes de viande de bœuf. Comme les producteurs européens sont davantage subventionnés que les nôtres, cela nuira grandement à notre industrie fromagère, laquelle représente 60% du total canadien. Évidemment, l’industrie du bœuf, établie surtout en Alberta, est satisfaite de ce dénouement.

Chacun fait ses choix selon ses intérêts. On ne peut blâmer les Canadiennes et les Canadiens de vouloir défendre leurs intérêts économiques ici et à l’international. Pourquoi les Québécoises et les Québécois devraient-ils avoir à justifier leur volonté de défendre les leurs ? Ces intérêts, pourtant, s’avèrent impossibles à défendre pour une simple province.

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Dépenser selon nos intérêts

Indépendants, nous pourrons utiliser à meilleur escient les sommes que nous envoyons actuellement à Ottawa. Le gouvernement du Canada dépense chaque année plusieurs milliards dans des domaines qui ne conviennent pas à la majorité d’entre nous. Les exemples sont nombreux : les dépenses militaires intensives, les subventions aux pétrolières, le sénat, le gouverneur général, la monarchie, etc. Au titre des dépenses militaires, le Canada a plus que doublé son financement dans les 14 dernières années (10,1 milliards de dollars en 1998-1999 contre 21,7 milliards en 2013-2014). Le plan de défense du Canada 2008-2028 coûtera 490 milliards de dollars. Par conséquent, Ottawa nous obligera à dépenser près de 113 milliards dans l’armée, alors que nous réduisons les dépenses en santé et en éducation[4]. Ce plan inclut plus de 33 milliards de dollars pour l’achat de nouveaux navires pour la marine royale canadienne au Canada, desquels pas un sou ne sera dépensé chez nous, malgré le fait que le chantier naval de Lévis soit un des plus performants du monde.

À ces exemples de dépenses forcées, il faut ajouter l’achat de plus d’un milliard de dollars de services par année, payés par le Québec à l’Ontario par le biais du gouvernement du Canada. En effet, comme la plus grandel'ue partie de la fonction publique canadienne est présente chez nos voisins, ceux-ci profitent largement des sommes que nous payons en impôts. L’indépendance nous permettrait de rapatrier chez nous l’essentiel de cette activité économique.

De plus, plusieurs programmes ou ministères canadiens n’affectent pas assez de dépenses au Québec par rapport à son poids économique ou démographique. Indépendants, nous cesserons par exemple de payer pour la Commission canadienne du blé, dont la plupart des sommes vont à l’Ouest. Nous cesserons également de payer pour le programme nucléaire canadien, dont les dépenses sont principalement faites en Ontario; le Canada compte 22 réacteurs nucléaires, dont 20 se trouvent dans cette province. Nous en avions pour notre part un seul, à Gentilly, qui sera démantelé pour des raisons économiques. Indépendants, nous cesserons par ailleurs de payer pour Pêches et Océans Canada, dont les dépenses sont effectuées majoritairement en Colombie-Britannique et dans les provinces maritimes.

Un autre exemple frappant est le système de crédits d’impôt canadien qui nous punit pour certains de nos choix sociaux. Ainsi, notre programme de garderies nous fait perdre 149 millions en crédits d’impôt pour la garde d’enfants, puisque les frais de garderie sont moins élevés au Québec. La situation est la même pour les frais de scolarité que nous avons choisi de garder plus bas pour favoriser l’accès aux études. Le système canadien, organisé autour de la réalité des autres provinces, prive les étudiants québécois de 100 millions en crédits d’impôt canadiens inutilisés[5].

Éliminer les dédoublements coûteux

Par ailleurs, il faut tenir compte des économies importantes qui seraient réalisées grâce à l’élimination de dédoublements ministériels. Indépendants, nous n’aurons plus à payer pour deux ministères des Finances, de la Santé, du Revenu, des Ressources naturelles, des Relations internationales, etc. Les fonctionnaires canadiens de ces ministères passent beaucoup de temps à administrer des programmes parallèles, qui pourront être rationalisés, ou à contrôler les sommes transmises au Québec. Un des exemples les plus aberrants de ces dédoublements est celui du ministère de la Santé canadien qui emploie 9 079 fonctionnaires, et qui ne gère qu’un hôpital[6].

Pour ajouter à ces derniers éléments, plusieurs études globales ont été faites autour des effets de l’indépendance sur les finances publiques du Québec. La dernière en date est celle de Stéphane Gobeil[7], dont la démonstration est simple : les économies seraient de l’ordre de 7,5 milliards de dollars et les coûts, de 5,5 milliards[Notes 1]. Indépendants, nous obtiendrions donc une économie globale de 2 milliards de dollars dès la première année. Dans le passé, d’autres études sur la question ont toutes démontré les avantages de l’indépendance. Ainsi, en 1994, Jacques Parizeau avait commandé au secrétariat à la Restructuration une étude sur les dépenses et les recettes qu’amènerait l’indépendance, qui indiquait que nous économiserions près de trois milliards en 1995. En 2005, le « Budget de l’an 1 » de François Legault estimait que nous dégagerions, indépendants, plus de cinq milliards de dollars en surplus.

Avec les économies générées par l’indépendance, notre marge de manœuvre sera plus importante, ce qui nous permettra des choix. Un gouvernement plus interventionniste pourra investir dans nos secteurs stratégiques, par exemple. Un gouvernement plus à droite pourra baisser nos taxes et nos impôts, alors qu’un gouvernement plus à gauche pourra réinvestir en santé et en éducation.

Conclusion

Globalement, nous sortons économiquement perdants de notre appartenance au Canada. Nous avons tout le potentiel nécessaire pour devenir une nation riche, libre et prospère ; la situation de notre simple province, qui possède une économie moderne et diversifiée, se compare déjà avantageusement à celle de nombreux pays souverains. Cependant, pour affronter les défis économiques qui viennent et pour leur apporter des solutions répondant véritablement à nos besoins, il nous faut pouvoir décider de notre avenir économique. Notre asservissement, toutefois, nous laisse sans marge de manœuvre. L’indépendance, ce n’est pas les lendemains qui chantent et le paradis sur terre. Nous serons toujours aux prises avec de nombreux problèmes économiques : gestion des ressources naturelles, gestion des finances publiques, défense de nos intérêts économiques, lutte contre la pauvreté, amélioration des conditions de vie, etc. La différence, c’est que nous posséderons, indépendants, l’ensemble des outils nous permettant de faire face à ces défis à notre guise. Nous aurons, en somme, les moyens de mettre en action une vision économique qui nous est propre et d’entreprendre les projets qui nous tiennent à cœur.

Prochain chapitre : Les lois

Notes

  1. Il est à noter que les programmes de transferts, comme la péréquation, sont en partie financés par le Québec. C’est la raison pour laquelle cette somme est inférieure au paiement de péréquation reçu par le Québec.

Références

  1. Allaire, Yvan. Le Québec et ses ressources naturelles : Comment en tirer le meilleur parti. Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, 2013.
  2. La presse canadienne. « Les subventions à l’industrie pétrolière s’élèveraient à 2,8 milliards $ par année », Les Affaires, 3 nov. 2010. 4 juill. 2015.
  3. Lisée, Jean-François. « L’emploi québécois dans les sables mouvants albertains », L’Actualité, 31 janv. 2012. Blogue de Jean-François Lisée. 25 avr. 2015.
  4. Défense nationale et les Forces armées canadiennes. Stratégie de défense Le Canada d’abord, Gouvernement du Canada : Défense nationale et les Forces armées canadiennes, 2013. 22 avr. 2015.
  5. Québec. Commission de révision permanente des programmes. Rapport de la Commission de révision permanente des programmes. Gouvernement du Québec : Commission de révision permanente des programmes, 2014.
  6. Canada. Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada. Effectif de la fonction publique fédérale par ministère. Gouvernement du Canada : Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, 2015.
  7. Gobeil, Stéphane. Un gouvernement de trop. Montréal : VLB éditeur, 2012. Imprimé.