Le Livre qui fait dire oui/Les autochtones

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Contributeur initial Josianne Grenier
sociologue

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Les Abénakis, les Algonquins, les Attikameks, les Cris, les Hurons-Wendat, les Innus, les Inuits, les Malécites, les Micmacs, les Mohawks et les Naskapis sont autant de peuples distincts avec leurs propres mode de vie, vision du monde, religion, langue, identité et traditions. Historiquement, la Loi sur les Indiens (ou sur les Sauvages, à l’époque), qui relève du Parlement du Canada, a eu pour but l’assimilation de ces peuples autochtones. À ceux-ci, il fallait alors soit renoncer au statut d’Indien et s’intégrer, soit s’isoler dans des réserves où l’indépendance était réduite et les activités traditionnelles, limitées, mais où étaient offertes la protection et l’entretien par les autorités canadiennes. L’indépendance du Québec représentera une occasion inédite de remplacer cette loi par un cadre légal et coopératif qui correspondra mieux aux réalités et aux aspirations des autochtones d'aujourd’hui.

Notre gouvernement, quant à lui, ne s’attarde aux relations avec les autochtones que depuis les années 1960, principalement dans le but de signer des ententes relatives à l’exploitation des ressources naturelles. Malheureusement, il a jusqu’à maintenant calqué le comportement traditionnel du gouvernement canadien, notamment avec le règlement à la pièce des différends, alors que même son statut de province lui aurait permis de faire beaucoup mieux. Fonder ensemble un pays nous fournira l’occasion d’adopter des politiques ambitieuses et de sortir d’une relation historiquement paternaliste.

Si les injustices commises à cause des politiques des deux paliers de gouvernement sont impossibles à réparer, certains engagements, qui aideraient les peuples autochtones à pallier eux-mêmes les conséquences de ces injustices, valent la peine d’être considérés. Parmi ceux-ci, on trouve notamment l’assistance technique et économique suffisante au succès de projets, l’incitation des compagnies à s’installer à proximité ou à l’intérieur des communautés et à employer des autochtones ainsi que le dédommagement pour la perte des terres. De telles politiques seraient aisément financées par un Québec indépendant, qui dégagerait plus de 500 millions de dollars en cessant de financer 19,5 % du budget du très bureaucrate ministère des Affaires autochtones du Canada, alors que seulement 9,2% de la population autochtone canadienne partage son territoire.

L’émancipation réelle des peuples autochtones passe par l’indépendance du Québec, qui seule nous permettra de prendre nos distances du modèle canadien, alors qu’autochtones et non-autochtones pourront cofonder un pays, rédiger ensemble la constitution d’un Québec indépendant et sonner la fin des relations troubles.

Le territoire

La question du partage du territoire sera sans aucun doute le dossier le plus complexe et elle fera probablement l’objet de longues négociations. Notre gouvernement devra par exemple négocier avec Ottawa pour que les autochtones ainsi que les produits des activités traditionnelles (chasse, pêche, trappe) puissent traverser assez librement les frontières pour pouvoir continuer de profiter de l’entièreté du territoire ancestral, puisque seulement 2 des 11 nations ont un territoire contenu à l’intérieur de nos frontières actuelles. De plus, différentes formes de gestion coopérative du territoire entre autochtones et non-autochtones devront être envisagées. Un dialogue de peuple à peuple doit d’ailleurs débuter dès maintenant entre notre gouvernement et les nations autochtones pour régler dès que possible les querelles territoriales.

La gouvernance

S’il importe d’établir des règles de coexistence entre les sociétés concernées, l’organisation particulière des nations autochtones ne concerne pas le gouvernement du Québec et ne devrait jamais faire l’objet d’une politique. L’indépendance constituera néanmoins une occasion de respecter le principe d’autodétermination, selon lequel les peuples autochtones auront le droit de disposer d’eux-mêmes, indépendamment des droits ancestraux ou des jugements des tribunaux. Il appartiendra donc aux acteurs concernés — et aux organes qui les regroupent — d’orienter et de régler le pouvoir dans chaque nation selon une forme qui devra satisfaire une condition minimale : l’institution de gouvernements autochtones émanant des communautés et traduisant leur spécificité.

La culture

Laisser les autochtones décider des institutions les régissant sera un premier pas vers la préservation de leur culture, puisque la meilleure façon de la préserver est de l’institutionnaliser. Les non-autochtones se devront par ailleurs de faire place aux cultures autochtones dans leurs institutions. Il sera souhaitable, par exemple, d’intégrer la relation privilégiée des autochtones avec le territoire dans nos politiques environnementales. Il sera également possible de mieux reconnaître ce que les nations ont en commun (surtout l’histoire !) et l’apport fondamental des autochtones (les produits de l’érable, par exemple) à la culture non autochtone. Enseigner les langues ou d’autres éléments de la culture, traditionnelle et contemporaine, à tous les ordres d'enseignement, s’inscrirait dans la suite logique de cette reconnaissance.

Déjà, si l’on planifie une politique ambitieuse et courageuse de relations avec les autochtones, qui réduira le fossé entre eux et les non-autochtones ainsi que le temps passé devant les tribunaux, chacun aura le loisir de s’attarder plus longuement à la pratique et à la propagation de la culture.

L’alliance

Les peuples autochtones mènent un combat à l’image de celui du peuple québécois; autochtones et non-autochtones tentent de promouvoir leur identité distincte, leur développement socio-économique et leur autonomie. L’histoire et la culture du Québec sont indissociables de celles des nations autochtones, qui offrent d’ailleurs à toutes les Québécoises et à tous les Québécois un exemple admirable de résilience.

Il faut donc non seulement que les peuples s’allient dans une lutte commune vers l’émancipation, mais qu'ils deviennent aussi des complices dans l’élaboration d’un Québec nouveau, où chacune des nations qui les composent aura les moyens de réaliser son plein potentiel.

Prochain chapitre : Les Anglo-Québécois